RECOMMANDATIONS DE LA CONFERENCE
MINISTERIELLE DU RESEAU SADAOC
LOME LES 17-18 ET 19 DECEMBRE 1996
PREAMBULE
La situation alimentaire en Afrique de l’Ouest reste encore précaire,
malgré les efforts entrepris par les Etats. Cette situation risque
de s’aggraver sous l’effet :
1. des crises politiques liées aux guerres et au processus
de démocratisation (changement du système de parti unique
au multipartisme occasionnant beaucoup d’incompréhensions) ;
2. de la dégradation continue de l’environnement pédo-climatique
;
3. des difficultés d’accès aux facteurs de production
;
4. de l’impact contrasté du libéralisme sur le fonctionnement
des marchés ouest-africains de produits alimentaires ;
5. du développement de la pauvreté et de la non
maîtrise des stocks de produits vivriers ;
6. de l’irrégularité de la pluviométrie
dans la sous-région ;
7. de la non maîtrise de l’eau, facteur indispensable pour l’agriculture
;
Il en résulte une forte dépendance alimentaire de la
sous-région vis-à-vis du reste du monde. En effet, excepté
quelques rares cas, l’achat des denrées alimentaires constituent
une part élevée des importations des pays de la sous-région.
Dans le couloir de l’Afrique de l’Ouest, considéré comme
une zone très favorable à la production agricole, la forte
immigration qui affecte les pays côtiers, doublée ces dernières
années de l’arrivée des réfugiés des pays en
crise, favorise la rapide croissance des villes et rend l’offre alimentaire
instable.
On note également les difficultés de la sous-région
à assurer une meilleure alimentation de sa population provenant
du fait que ses ressources actuelles (techniques, technologiques, financières,
etc.) ne lui permettent pas de suivre adéquatement le rythme et
les conditions de l’évolution actuelle du monde, notamment la mondialisation
et la libéralisation de l’économie. La situation économique
mondiale exige qu’une attention particulière soit accordée
à la modification des accords de Lomé liant les pays ACP
à l’Union Européenne, à la création de l’Euro
ainsi qu’à l’instabilité des marchés mondiaux. Toutes
ces évolutions agissent sur la stabilité de l’offre alimentaire
à la fois au niveau national, régional et international.
Cette instabilité de l’offre alimentaire à tous les niveaux
justifie sans nul doute, l’intérêt croissant accordé
actuellement à la question de la sécurité alimentaire
durable. Aujourd’hui, on note dans la sous-région ouest africaine
une multitude d’initiatives en la matière, engageant à la
fois la responsabilité des Etats, des différentes structures
d’intégration régionale, des différents réseaux
de chercheurs, d’opérateurs économiques, de producteurs et
des organisations non gouvernementales.
C’est dans le cadre de ces différentes initiatives qu’est né
en 1991, le réseau de recherche SADAOC dont le but est de réfléchir
sur la question de sécurité alimentaire durable dans
le couloir central de l’Afrique de l’Ouest. On peut toutefois se demander
pourquoi un réseau de recherche de plus sur la sécurité
alimentaire durable ? Le Réseau SADAOC, à la différence
des autres initiatives se présente comme un réseau multi-sectoriel,
impliquant à la fois décideurs politiques, chercheurs et
acteurs économiques du secteur alimentaire. Il vise à instaurer
l’interface entre ces différentes catégories d’acteurs pour
une concertation régionale sur les conditions d’une sécurité
alimentaire durable au profit des populations ouest africaines. Sa zone
d'intervention est la plus originale de toute l'Afrique de l'Ouest de par
sa position charnière, sa stabilité politique et son dynamisme
économique qui fait fi des barrières linguistiques.
Malgré la spécificité de ce réseau, la pertinence
de ses objectifs, la qualité des résultats obtenus et le
caractère original de son cadre d'intervention, force est de constater
que les actions du Réseau SADAOC restent encore mal connues dans
la sous-région alors que la sécurité alimentaire
demeure une des principales préoccupations et un défi à
relever aujourd'hui et demain.
Par ailleurs, il est apparu de l’analyse du commerce régional,
tentée par le Réseau SADAOC à travers l’élaboration
des matrices d’échanges d’informations, un certain niveau d’intégration
économique par le marché, dans la sous-région Ouest-Africaine
en général et dans les pays du couloir central en particulier.
Mais les déterminants et les données importantes de cette
intégration ne sont pas bien connus de sorte qu’aujourd’hui, l’Etat
ne peut ni appuyer et ni orienter favorablement cette intégration
régionale par le marché.
Fort de ce qui précède et en tenant compte de la déclaration
et du plan d’action du Sommet Mondial de l’Alimentation visant à
réduire d’ici l’an 2015 l’insécurité alimentaire des
couches les plus vulnérables, la conférence ministérielle
du Réseau SADAOC tenue à Lomé les 17, 18 et 19 Décembre
1996, après avoir reconnu l’utilité des systèmes d’informations
sur les marchés, analysé les nouveaux déterminants
de la sécurité alimentaire et réfléchi sur
la nécessité de coordonner les initiatives en matière
de sécurité alimentaire durable dans la sous-région,
RECOMMANDE :
Au plan macro-économique
1. Que le Réseau SADAOC identifie les voies et moyens de recherche
pour réduire certains effets négatifs du libéralisme
économique appliqué par les pays membres afin de créer
les conditions pour une sécurité alimentaire en faveur des
populations ouest-africaines, notamment les plus vulnérables .
2. Que le Réseau SADAOC apporte son appui aux Etats membres
dans la formulation de politiques qui prennent en compte le développement
du facteur humain, car la crise financière aiguë combinée
avec la recherche d’une saine gestion macro-économique, a engendré
une dégradation des services publics et une redistribution
moins équitable des richesses nationales.
3. Que le Réseau SADAOC élabore des instruments d’analyse
et de formulation permettant de réaliser la convergence des politiques
de sécurité alimentaire dans la sous-région.
Au plan des facteurs de production
4. Que le Réseau SADAOC, en liaison avec les autres institutions
de recherche et de vulgarisation des pays membres, développe des
mécanismes et des techniques appropriées dans les domaines
de la maîtrise de l’eau, de l’accès à la terre, de
l’appropriation des innovations technologiques, des intrants et du financement
de l’agriculture.
Au plan de la valorisation de la production alimentaire
5. Que le Réseau SADAOC après avoir inventorié
les acquis de la sous-région en la matière, puisse en liaison
avec les structures intéressées en faire la vulgarisation
auprès des acteurs économiques afin que ceux-ci les intègrent
dans leurs activités.
Au plan de l’organisation des acteurs économiques
6. Que le réseau SADAOC, par ses actions de recherche et de formulation
de politique puissent appuyer les acteurs économiques ainsi que
les structures des Etats qui ont en charge l’encadrement de ces acteurs
économiques dans leur effort d’intégration dans le processus
de production et de transformation des produits alimentaires.
7. Que le Réseau SADAOC, dans le cadre de ses activités
de recherche et de formulation de politique et en appliquant les résultats
de la recherche, facilite d’une part la relève paysanne par les
jeunes, notamment en milieu rural, d’autre part l’intégration des
femmes dans le processus de production, de transformation et de distribution
des produits alimentaires.
Au plan des échanges d’informations
8. Que le Réseau SADAOC, à travers ses thèmes de
recherche et ses mécanismes de formulation de politiques, puisse
permettre de développer et d’affiner les matrices d’échange
d’informations sur les marchés économiques internationaux
et développe également une communication multiforme sur les
différents aspects indispensables pour rendre une meilleure régulation
des activités commerciales au niveau sous-régional.
9. Que le Réseau SADAOC fournisse régulièrement
et périodiquement aux Etats et aux acteurs de la filière,
des données sur l'offre, la demande et la consommation de produits
alimentaires afin d'aider à la promotion des différents secteurs
agricoles productifs susceptibles d'alimenter le marché et de constituer
des stocks de sécurité adéquats.
Au plan de la coordination des initiatives de sécurité
alimentaire dans la sous-région
10. Que le Réseau SADAOC prenne l’initiative d’améliorer
la coopération entre les différentes initiatives de la sécurité
alimentaire, afin de concevoir un instrument de coordination de ces initiatives,
à travers lequel il sera possible d'assurer non seulement une meilleure
information sur les contraintes et les opportunités de la sécurité
alimentaire durable, mais aussi une synergie des actions des différentes
structures concernées. L’objectif recherché ici étant
de veiller au bon fonctionnement des politiques de sécurité
alimentaire déjà existantes par le renforcement d’un dialogue
franc et permanent entre les structures travaillant dans le même
domaine.
11. Que le Réseau SADAOC assure, à long terme, la coordination
des initiatives de sécurité alimentaire dans la sous-région.
Au plan des accords commerciaux
12. Que le Réseau SADAOC permette aux Etats et aux acteurs intervenant
dans le domaine de la sécurité alimentaire, des opportunités
pour mieux exploiter ces accords et améliorer leur savoir-faire
en matière de négociation à travers des programmes
de formation et de développement des capacités.
Au plan des perspectives
13. Que le Réseau SADAOC, sur la base des expériences
acquises, mette l’accent sur le développement de ses capacités
humaines non seulement en faveur des institutions des différents
pays mais encore au profit des acteurs économiques qui sont impliqués
dans le sécurité alimentaire.
Au plan institutionnel
14. Suite à la séance de huis-clos, la Conférence
des Ministres du Réseau SADAOC recommande et mandate le Secrétaire
Exécutif pour poursuivre les négociations en cours sur le
statut juridique et l’ancrage institutionnel du Réseau.
Conclusion
Les délégations ministérielles présentes
à la Conférence, après avoir félicité
le Réseau pour les travaux déjà réalisés,
ont pris l’engagement de soutenir ses activités dans les cinq pays
membres.
Fait à Lomé, le 19 Décembre 1996